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Serge Mouangue
Naissance en 1973 à Yaoundé au Cameroun. A l'âge de 6 ans, il part vivre à Paris où il étudiera plus tard les arts appliqués et le design. Ses études et sa passion pour les autres cultures le pousseront à des voyages aux USA, en Chine, en Turquie, au Méxique, et en Australie. A la fin de ses études, c'est dans ce dernier pays qu'il s'installera quelques temps, et travaillera en tant qu'artiste et designer free-lance. Un poste de designer chez Renault sera pour lui l'occasion d'un retour en France. Puis, c'est dans le cadre d'un échange avec Nissan qu'il prendra la direction du Japon. Il est le créateur du concept Wafrica (ce nom est la contraction de « wa », pour le Japon, et de Africa). |
Serge MouangueDe splendides kimonos aux motifs africains ! Si les créations de Serge Mouangue sont en effet du plus merveilleux effet, cette courte phrase est bien réductrice, et ne reflète absolument pas la réalité et la profondeur du travail du créateur Camerounais. Ce dernier, a eu la gentillesse de m'accorder un peu de son temps pour m'expliquer avec passion le fondement de Wafrica, sa conception de la création, et sa vision du Japon.

Wafrica, un concept novateur dans le refus de dénaturer
« Le point de départ, c'était une façon de questionner la culture japonaise. Cette culture est très troublante et très séduisante en même temps. En la questionnant, je me suis questionné sur ma culture personnelle et d'où est-ce que je pensais venir. Ma façon de répondre en tant que créateur, c'est en créant. J'ai choisi ce que je considère être une des icônes du Japon » Ainsi, Serge Mouangue a choisi le kimono comme première approche pour répondre à ces questions. En travaillant sur l'expressivité du kimono, il a cherché à en tirer un autre sens qui va l'aider à mieux comprendre la culture japonaise, en même temps que sa propre culture. Toute la force du concept Wafrica se situe dans la volonté de ne faire non pas un simple « mix », car, selon Serge Mouangue, cela engendrerait des concessions, mais plutôt de travailler sur une « association » de deux esthétiques pour donner naissance à une troisième qui soit nouvelle. « C'est un travail sans concession sur la juxtaposition de deux codes, et j'essaie d'en dégager un troisième qui puisse être l'expression d'une nouvelle esthétique ». Cette troisième esthétique, celle de Wafrica, signifie pour lui, tout en prenant soins de ne dénaturer ni ce d'où l'on vient, ni ce que l'on associe, « créer quelque chose qui n'appartient ni à l'un ni à l'autre, mais qui raconte une autre histoire ». Ainsi, il évite toute fusion, ou mix, afin de conserver entier l'esprit, et de l'esthétique ouest africaine, et de l'esthétique japonaise, sans pour autant reproduire ni l'une ni l'autre, et fabriquer sa « nouvelle histoire », originale et personnelle. Par ailleurs, dans son entourage, les Japonais ont tous étaient, dit-il, très encourageant lorsque Serge Mouangue leur a parlé de son projet. Ils ont ensuite tous étaient positivement stupéfiés du résultat, qui leur est apparu presque comme une « évidence », et ont montré un fort engouement chargé d'un important caractère émotionnel. Bien que moins nombreux à avoir vu les créations Wafrica, les Africains ont eux aussi étaient considérablement ravis du résultat, et pour Serge Mouangue, « ce qui est intéressant, c'est que de part et d'autre, personne ne s'est senti trahi ou rejeté ». Deux démarches créatrices opposées pour deux cultures aux nombreuses similitudesIl considère pourtant que ces deux esthétiques sont complètement opposées. « En Afrique, l'essence même de l'esthétique de la vie, c'est l'improvisation, on improvise pour apprendre. Au Japon, c'est une fois qu'on a appris qu'on improvise ». Si l'on donne une trompette à un enfant Africain, il va acquérir la maîtrise de cet instrument par essais et tentatives, et finira par savoir très bien en jouer à sa propre façon. En revanche il faudra apprendre à jouer de la trompette à un Japonais, qui pourra faire de la musique dès lors que l'instrument sera maîtrisé. De cette manière, la démarche créatrice est très différence. « Au Japon, il y a un effort de répétition, de routine, de geste à acquérir pour pouvoir devenir créateur ». A l'inverse, la démarche créatrice en Afrique est bien plus individuelle et personnelle, basée sur des tâtonnements, au départ, un peu maladroit peut-être, mais qui se perfectionne sûrement peu à peu. « En plus de ça, l'esthétique Africaine est très expressive et explosive. L'esthétique japonaise est plus basée sur l'absence, le recul, le retrait, pour créer la présence ». Pourtant, explique-t-il, ce qu'il essaie de mettre en évidence avec Wafrica, c'est que, si l'on met côte à côte ces deux aspects à priori opposés, on obtient alors une autre esthétique très harmonieuse.
Par contre, il considère qu'il y a beaucoup de similitudes entre le Japon et l'Afrique de l'ouest, du point de vu de la culture et du comportement. Cela se situe notamment dans le rapport aux anciens. « En Afrique, on dit souvent que lorsqu'une personne âgée meurt, c'est une bibliothèque qui brûle », dit-il avant de faire part d'une impression similaire au Japon, s'agissant de « la valeur du sage, de l'ancien, de celui qui a l'expérience ». Il note aussi la similarité de ces deux cultures dans leur rapport à la hiérarchie, dans leur aspect tribal. « Quand je suis venu ici, il n'y a pas eu de difficultés, et j'ai été surpris par le fait que souvent je m'entendais mieux avec beaucoup de Japonais lorsque j'essayais de les aborder, de les comprendre, avec mes outils africains. Il y a la place du silence dans ces deux cultures qui est très importante ».
« Créer d'abord »
Si on le questionne sur sa façon d'apprendre, Serge Mouangue répond : « Je suis totalement Africain ». Il insiste sur le fait que, dans cette optique, c'est en improvisant qu'on se perfectionne, même si on ne saura jamais tout faire. Il reprend alors son exemple du petit Africain, pour dire que ce dernier ne saura pas lire une partition, mais saura jouer de la musique. Dans son cas personnel, c'est « créer d'abord ». Lorsqu'il a commencé son aventure Wafrica, il ne savait rien de la fabrication du kimono, mais, à force d'improvisation, de création, il sait aujourd'hui parfaitement comment est fait un kimono, en connaît les codes, et ce, tout en précisant « qu'on a jamais fini d'apprendre ». De plus, l'improvisation participe de manière manifeste à la genèse de Wafrica. Serge Mouangue n'était au départ pas pousser par la conviction que la juxtaposition de l'esthétique japonaise et africaine fonctionnerait, et conduirait avec succès à sa « troisième histoire ». Il a essayé. « Il n'y avait pas de convictions. Quant on crée, on ne sait pas où l'on va ». Il avait une envie d'essayer et d'apprendre plus sur la culture japonaise et sur la sienne. Il expérimente actuellement d'autres choses sans savoir ce que sera le résultat. Même, il se félicite que tout ne puisse fonctionner à chaque fois, car cela est la preuve que la création n'est pas une démarche systématique. 
La curiosité du créateur se dirige, à pieds, vers le Japon
Dès son enfance en France, il a pu voir de nombreux dessins animés japonais, variés par leurs genres, leurs styles, puis, en grandissant, avec la découverte de la calligraphie japonaise, du cinéma japonais, ou encore la lecture de livres comme L'Eloge de l'Ombre de Tanizaki Jun.ichirô, il n'a pu, avec son esprit de créateur, que penser que « c'est tellement à part, tellement bien ficelé, c'est un endroit qui n'a rien à voir avec ce que je connais, et qui m'intéresse ». En ce qui concerne l'esthétique, « il y a un vide qui est séduisant, dans une calligraphie, la matière est aussi belle que le vide autour ». Serge Mouangue est séduit par l'humanité que l'on trouve dans « la présence par l'absence » caractéristique selon lui de l'esthétique japonaise. Aussi, en tant que designer, il considère le design japonais comme une référence. Un ensemble d'éléments l'a donc poussé à aller voir de plus près cet étonnant pays.
Il admire également la volonté qu'il y au Japon de conserver les choses anciennes et les traditions sans pour autant les figer. Il reste toujours une envie de perfectionnement, d'adaptation à la modernité. Aussi, il ne peut que s'étonner du relatif calme de Tôkyô, de son faible niveau sonore, de ce que tout soit très fluide malgré une forte densité, bref, de ce formidable « contraste entre frénésie et calme ». Et, pour lui, ce contraste se répercute même sur des produits, on pourra par exemple avoir dans un restaurant de sushi de grande qualité un écran diffusant CNN à longueur de journée. Serge Mouangue est un grand flâneur, et confie adorer les innombrables et paisibles ruelles de Tôkyô, véritable paradis pour les piétons, et adorer s'y promener de longue heures.
Enfin, comme noté plus haut, ce n'est que le début, Serge Mouangue a « envie d'en savoir plus », le kimono n'est que le premier mode d'expression de Wafrica, il y en aura d'autres, au sujet desquels, si on le questionne, Serge Mouangue répond, en japonais dans le texte, que « c'est un secret ». Un peu de patience, donc. ● Vous pourrez trouver de plus amples informations sur Serge Mouangue et ses créations sur le site officiel de Wafrica : http://www.wafrica.jp/ Les créations de Serge Mouangue sont disponibles à la vente, pour plus de renseignements, vous pouvez le contacter par mail via le site officiel.
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