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Le thé de Sayama et le Festival du Thé de Tokorozawa

Le 28 avril a eu lieu le 12ème festival du thé de Tokorozawa, dans le département de Saitama, au nord de Tôkyô. La saison de la cueillette du thé nouveau venait alors tout juste de commencer. Le thé produit dans le département de Saitama est connu sous le nom de thé de Sayama.

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Bien que seulement 12ème en terme de production (4310 tonnes de feuilles fraiches en 2007 contre 179000 pour le département de Shizuoka), Saitama n'en reste pas moins l'une des régions historiques de production du thé au Japon. Après que le moine Eisai aie rapporté de Chine des graines de théier au Japon au 12ème siècle, Saitama deviendra l'une des 5 fameuses régions productrices de thé avec les actuels départements de Kyôto, de Nara, et deux régions, Ise et Iga,  qui correspondent aujourd'hui au département de Mie. On parle alors de thé de Kawagoe, et c'est à l'époque d'Edo (1603 - 1867) que l'on commence à parler de thé de Sayama. Une chanson populaire chante la qualité de ce thé en ces termes : « Shizuoka pour la couleur, Uji pour le parfum, et sans aucun doute Sayama pour le goût ». En effet, l'une des particularités du thé de Sayama réside dans le hi-ire, phase finale de séchage des feuilles, qui donne au thé une saveur particulière, très prononcée. Une autre particularité de la production du thé dans cette région est que les producteurs en ont un contrôle complet, de la cueillette jusqu'à la vente, alors qu'ailleurs, le travail des producteurs s'arrête la production de ara-cha, le hi-ire et la vente du produit fini sont généralement à la charge de grossistes. Aussi, il faut signaler qu'on ne peut procéder qu'à 2 récoltes par ans, alors que dans d'autres régions plus chaudes on en fait 3 voir 4. Enfin, Saitama est très actif dans la recherche et la création de nouvelles espèces de théier, parmi elles, pas moins de 8 variétés nouvelles y ont été enregistrées, dont la plus répandu est appelée Sayama-kaori (parfum de Sayama).

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Le festival a débuté par une belle matinée ensoleillée, avec une trentaine de participants enthousiastes. Le premier évènement fut une séance de cueillette à la main des jeunes feuilles, vertes et tendres, qui pointent sur le dessus des arbustes à thé. Cette tache n'est pas aisée, et on comprend pourquoi les machines ont remplacé la main humaine. Parmi les participants, tous amateurs de thé japonais, on trouvait des personnes pour qui cette expérience était une première, et d'autres qui prennent part à ce type de manifestations tous les ans dans de nombreuses régions productrices.

 

 

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La suite des réjouissances nous emmène sur le parvis de la mairie de Tokorozawa, avec une démonstration du roulage à la main des feuilles de thé, chose aujourd'hui très rare. Les artisans se sont relayés pendant plus de 5 heures pour obtenir un produit fini. On pouvait aussi observer la fabrication mécanique du thé, seulement, les machines présentées ici n'étaient pas les énormes systèmes qui sont aujourd'hui la norme dans les usines de thé, mais d'anciennes petites machines de l'époque de Meiji (1868 – 1912). Ces dernières, dans leur principe, ne diffèrent cependant pas tellement de leurs petites sœurs modernes. Enfin, dégustation du thé nouveau et de cuisine à base de feuilles de thé étaient bien évidement de la partie.
Ensuite, s'est déroulé un petit séminaire sur le thé de Sayama et sur la façon de faire infuser le sencha (type de thé vert japonais qui représente aujourd'hui environ 80% de la production au Japon). Les différents intervenants ont insisté sur l'importance culturelle de la consommation du thé sous forme de feuilles que l'on fait infuser soi-même dans une théière, et non pas de thé en bouteille, et sur l'importance d'enseigner cela au enfants. Il semblerait qu'aujourd'hui, au Japon, la majorité des élèves à l'école primaire n'aient jamais vu une théière de leur vie, et que ceux qui en ont connaissance, la connaissent pour l'avoir vue chez leurs grands-parents. Il est paradoxale que cette culture se perde alors que les techniques modernes permettent de consommer tout au long de l'année un thé de grande qualité, qui, grâce par exemple à l'emballage sous vide et à la conservation en chambre froide, garde la fraicheur et la saveur du thé nouveau.

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La dernière partie du festival était un concours de dégustation de thé, un genre de blind-test, où il fallait reconnaître des thés par leur région de production. C'était une version simplifiée du jeu appelé cha-kabuki. Les origines en sont très anciennes, déjà, à la fin de l'époque de Kamakura (1185 - 1333), les moines se confrontaient en des tournois où ils devaient distinguer les différentes qualités de matcha (le thé en poudre qui est consommé lors de la cérémonie du thé). Pour le cha-kabuki, il faut au minimum 3 participants, 2 joueurs, et une personne pour préparer les thés. Ce dernier choisi et prépare 5 thé aux caractéristiques différentes, puis annonce aux joueurs quels seront les 5 thés proposés. Bien sûr, les joueurs ne savent pas dans quel ordre leur seront proposés ces thés. Le cas de figure le plus simple et de proposer 5 types de thé différents, par exemple un sencha, un gyokuro, un hôji-cha, un thé noir et un thé oolong. Ceci n'est pas très intéressant car beaucoup trop facile. Une possibilité un peu plus ardue serait par exemple un sencha, un fuka-mushi-sencha, un gyokuro, un kabuse-cha, un guri-cha. Pour qui connait un peu le thé japonais, cela reste encore relativement facile. Le vrai exercice serait 5 thés de même type mais issu de variétés d'arbre différentes, ou, plus dur encore, produits dans 5 régions différentes. Dans ces 2 derniers cas de figure, il n'est pas rare que même les plus grands spécialistes se trompent. Après chaque dégustation, on doit donner sa réponse, qu'on ne pourra pas changer par la suite, ce qui constitue une difficulté supplémentaire. Si l'on n'a fait aucune erreur, on obtient 5 points, dans le cas contraire il est évidement qu'il est mathématiquement impossible d'obtenir 4 points, mais seulement 3, 2, 1 ou 0.

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Pour le concours de notre festival, nous devions d'abord reconnaître selon leur région de production des feuilles, puis les thés infusés, tous de très grande qualité. Seulement, ici, pour facilité les choses, avant de commencer le test, les produits nous été présenté une fois avec leur origines, et nous pouvions donc essayer d'en mémoriser les caractéristiques (couleur, odeur, goût…).  Il y avait 5 sencha, respectivement de Sayama, Shizuoka, Uji, Mie, et Kagoshima. A l'issu du concours, quelle fut la surprise générale de voir qu'un français, votre serviteur,  avait obtenu la première place avec 7 points sur deux parties.

Ce fut une journée très enrichissante, qui montre encore une fois comme le thé, en tant que culture, reste aujourd'hui encore très vivant au Japon. Cette boisson possède de nombreux fans enthousiastes, et a la faculté de réunir les gens dans une extraordinaire convivialité, ce qui est bien le fondement de la culture du thé au Japon.  Le thé  japonais est définitivement un trésor qu'il convient d'entretenir pour les générations futures.

 

 
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