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Mariage japonais, 2ème partie : « Action ! »

Le grand jour est arrivé avec quinze invités venant de mon pays d'origine, la Norvège, trois d'Espagne, et douze autres étrangers vivant au Japon.

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Il y avait quatre-vingts invités de dix nationalités différentes, un véritable sommet de l'ONU en miniature. Au Japon, à l'occasion d'un mariage, les invités donnent généralement 30000 yens, dans une belle enveloppe décorée. Les mariages traditionnels japonais sont très coûteux, et cette aide financière est la bienvenue. Néanmoins, en plus de la boisson et de la cuisine, les invités reçoivent eux aussi des cadeaux, ou, comme ce fut le cas dans notre cas, un catalogue de cadeaux parmi lesquels ils peuvent choisir, pratique qui semble devenir de plus en plus courante. Ainsi, au final, la contribution financière des invités ne pouvait même pas couvrir le tiers des dépenses, c'était une belle extravagance. Bon, on ne se marie qu'une fois, comme on dit !

 

 

 

 

 

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En deux heures, tous les kimonos, la ceinture obi, la perruque, les accessoires à cheveux, le capuchon, les chaussettes à kimono, les sandales, et le maquillage furent en place. Quelle ne fut pas ma surprise lorsque je me vis dans un miroir : j'étais japonais. Ma famille était encore plus étonnée, et se fut semble-t-il dur pour mes parents de voir leur fille si « étrangère ». Finalement, nous étions prêts pour la cérémonie, nous nous lavâmes les mains avant de pénétrer dans le sanctuaire, et nous procédèrent mon mari en tête. Marcher de cette manière me rappela mon cauchemar, celui où je trébuchai et où ma perruque fut catapultée sur la tête de ma belle-mère. Je tremblais comme une feuille morte, mais par chance, aucunes de mes peurs n'étaient fondées, j'entrai saine et sauve dans la salle, avec tous mes accessoires en place. Nous fûmes assis au centre dans de la famille et des amis de chaque côtés. L'officiant joua un prélude, et on nous servit du saké que l'on but dans une petite coupe en laque rouge. Nous lûmes nos vœux de mariage, fîmes tourner une branche verte, nous inclinâmes, et frappâmes dans nos mains en signe de gratitude envers les dieux. On joua un air de conclusion, et mon mari et moi sortîmes de la salle. Je ne trébuchai pas une seule fois, et la perruque est restée fixée à ma tête.

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La fête se tenait dans un bâtiment traditionnel vieux de cent cinquante ans, annexe du sanctuaire. Dans un premier temps, je portais le kimono blanc, et par la suite je changeai pour le rouge. A notre entrée dans la salle de soirée, il y avait un concert de koto, une harpe japonaise. Ensuite le patron de mon mari et mon directeur de recherche firent un discours. Le vrai début de la fête fut symbolisé par le kagamibiraki, ce qui consiste en les mariés brisant un tonneau de saké à l'aide d'une grosse massue de bois. Apparemment, il s'agit seulement d'une performance, car le couvercle était déjà ouvert. Pourtant, je pensais réellement qu'il fallait le briser, alors je mis toute mes forces à faire voler en éclats le tonneau, éclaboussant ainsi de saké les invités les plus proches. Nous servîmes ensuite le saké à tous les invités dans des masu, des coupes en bois, portâmes un toast, kampai. La cuisine était exquise, déclinée en quinze menus, mais malheureusement, compressée dans ma tenue, je ne pus rien manger, et avant que j'eus le temps de dire ouf, il était temps de quitter la salle pour changer à nouveau de tenue.

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Debout dans le vestiaire, en pensant à quel challenge se fut de revêtir le kimono, je ne voulais simplement plus l'enlever. Le porter confère un sentiment tout particulier, et je ne pus m'empêcher de pleurer en m'en séparant. Cependant, j'étais trempée de sueur, et finalement ce fut une sorte de soulagement que de m'en défaire. Nous changeâmes pour une tenue à l'occidentale, mon mari en queue-de-pie, moi en robe blanche et diadème. De retour avec les invités, nous coupâmes le gâteau, puis nombreux furent ceux qui firent un discours. Mais avec une telle variété de nationalités parmi les invités, la langue aurait pu être une barrière, mais par chance, un ami japonais qui parle norvégien put faire l'interprète. Résultat, une heure de retard, ce qui est inouï ici au Japon, où la ponctualité est considérée comme allant de soi. Nous dûmes quitter les lieus en catastrophe pour laisser place au couple suivant. Par la suite, il y eu une deuxième fête avec les amis, suivie d'un feu d'artifice, un final éblouissant à cette journée mémorable, et véritable coup de siffler marquant le début de notre vie conjugale.
En y repesant aujourd'hui, c'était vraiment comme un rêve, un ravissant mais irréelle rêve dans lequel j'incarnais une geisha et une princesse le même jour. Bien que je ne sois pas japonaise, j'eus véritablement l'impression d'être partie intégrante d'une culture forte et transcendante, une ligne rouge liant toutes les générations ensembles. Ce fut un sommet ultime qui restera pour toujours vivement gravé dans ma mémoire. Et pour ceux décident de passer le pas, le faire à la manière japonaise est définitivement le bon choix. « Chikaimasu, je le veux ! »

 
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